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MERZBO-DEREK INTERVIEW
PAR TRANZISTOR, 2012
Tranzistor : Assaisonné à toutes les sauces, le mot folk paraît parfois galvaudé…
Merzbo-Derek : Le mot même de “folk” date d’une époque où l’on ne parlait pas encore de pop music. La musique dite folk désigne la musique des gens, d’un peuple : disons que c’est la musique des gens du peuple à destination de leurs semblables. Il s’agit au départ, du 18e jusqu’au 20e siècle, d’une musique traditionnelle, de transmission orale, à l’origine vocale (a capella), puis accompagnée d’instruments acoustiques. On associe souvent à tort le folk aux seuls États-Unis. Probablement parce que l’histoire de l’édification de ce grand pays est la plus récente, et que c’est là que le brassage communautaire a été le plus fort, que des composantes infiniment variées se sont mélangées : les anonymes couplets des esclaves noirs des plantations du Sud, les refrains nostalgiques des matelots de la marine marchande, les balades s’élevant des caravanes d’émigrés irlandais ou écossais, la musique des indigènes indiens… Autant d’affluents qui sont venus grossir le courant !
Le folk est avant tout une musique de métissages, de renouvellement d’une tradition constamment remise sur l’ouvrage, de fertilisations croisées aussi. Ce qui en fait quelque chose d’éminemment complexe. Les pionniers de l’histoire du folk ont beaucoup insisté sur toutes ces racines et branches qui ont fini par faire la modernité de cette musique au cours du vingtième siècle.
Quand émerge le courant « folk » en tant que tel ? Avec des artistes fondateurs comme Woody Guthrie ?
Le folk émerge du fonds commun dont nous venons de parler. Et, donc, avec la figure du « songster », ancêtre du « folksinger » à proprement parler : de véritables troubadours allant de fermes en campements d’ouvriers, en échange du gîte et du couvert d’abord, avant d’être enregistrés sur 78 tours, puis de commencer à se professionnaliser. L’expansion de cet art populaire s’est donc fait en fonction de la richesse des échanges culturels. Le folk s’est inspiré du blues (courant dans lequel les Noirs s’adressent à leur communauté) et de la country (où l’instrumentation est la même, mais pas les préoccupations politiques, tout du moins jusqu’à l’émergence tardive du mouvement rebelle et anti-conservateur dit “outlaw”). Dans les Appalaches, ce fut un lent processus mené par des inconnus, ce que relate entre autres la fameuse Anthologie de la Musique Folk Américaine concoctée par Harry Smith, et dont les premiers enregistrements datent de 1927.
Avec Woody Guthrie, au début des années 1930, le folk se montre de plus en plus impliqué dans les problèmes de son temps. Dès lors, les chansons vont s’adapter aux évènements, épouser des causes. On est en prise direct sur le social : on parlera même de chanson syndicaliste. Pete Seeger en fournit un autre exemple.
Comment et par qui naît le « renouveau » que connaît le folk dans les années 1950 et 1960 ?
L’engagement du folk, ses prises de position socio-politiques en faveur des exclus, des opprimés, des Noirs, des Indiens finira par séduire les campus universitaires et les quartiers intellectuels des grandes villes du nord des USA. Les clubs de Greenwich Village à New-York offrent alors un véritable théâtre des opérations à des folkeux surgis de partout, et animés de motivations identiques. Le festival de Newport constitue la grande messe annuelle, célébrant un véritable mouvement qui se traduira même par l’obtention de certains droits civiques.
Incontestablement Woody Guthrie et Pete Seeger ont été les pionniers de ce renouvellement. Eux-mêmes se sont inspirés des chansons traditionnelles collectées par quelqu’un comme Alan Lomax. Et Bob Dylan, sur qui, au milieu des sixties, tous les regards se porteront, s’est nourri de tout ce joli monde. Sa parfaite connaissance du répertoire et son talent finiront par en faire un porte-parole. D’autres, en parallèle, proposeront de ce renouvellement une version édulcorée : le Kingston Trio notamment, ou encore Peter, Paul & Mary.
Ce « folk boom » ne concernera pas que les USA…
Par le diminutif “folk” (pour” folk music”), on désigne généralement ce qui ressort de la sphère anglo-saxonne. C’est-à-dire, grosso modo, ce qui vient des USA mais aussi du Royaume-Uni, d’Irlande, d’Écosse (on se doute bien que le Canada finira par jouer un rôle : il suffit de citer Joni Mitchell, Leonard Cohen, Gordon Lightfoot ou Neil Young pour s’en convaincre). Des Américains comme Dylan, Ramblin’ Jack Elliott, Tom Paxton, Joan Baez, Dave Van Ronk, Judy Collins ou Buffy Sainte-Marie auront une influence déterminante sur ce qui se tramera dès les années 1960 en Europe. Ils viennent même se faire entendre à Londres. Presque tous traversent l’Atlantique quand ils ne s’y installent pas pour un temps (Jackson C. Frank). L’Angleterre, avec Davy Graham, puis Fairport Convention, Steeleye Span, Michael Chapman, Mick Softley, Nick Drake, ne sera pas en reste question renouveau. Ce sera, là aussi, un long processus, dans lequel un Ewan McColl ou une Shirley Collins ont joué, les premiers, un rôle prépondérant en collectant et réinterprétant les chants traditionnels de leurs pays.
Ancré initialement dans la tradition, le folk s’en détache dans les années 1960 et 1970 : peut-on dire que c’est Dylan qui lance le mouvement ?
Si Bob Dylan est loin d’être le seul, il est manifestement un catalyseur. Son rapport aux Beatles, le scandale à Newport où son groupe joue électrique, le fait que ses chansons se dépolitisent autant qu’elles s’électrifient… Beaucoup de choses se renouvellent à son contact. Même si un guitariste écossais d’origine guyanaise, Davy Graham en l’occurrence, a aussi beaucoup fait de son côté, en s’inspirant des ragas indiens et de la musique arabo-andalouse : il est en effet un autre exemple de cette interpénétration constante et fertile.
Le folk évoluera au gré des métissages. Quand le rock psychédélique accapare l’attention, le folk s’en inspire : on parlera d’acid folk. Beaucoup plus tard, le folk intégrera des éléments issus du punk-rock, en matière de production notamment, avec ce que l’on a appelé la lo-fi. Si le folk paraît se diversifier, son appellation, elle, perdure, quelque soit le préfixe qu’on lui accole. Le folk évolue avec son temps, mais les préoccupations d’antan ne perdent jamais non plus de leur actualité. Avec un groupe comme Current 93, qualifié de néo-folk dans les années 1990, on se retrouve en ligne directe de la tradition de Shirley Collins, Tim Hart et Maddy Prior, qui date des années 1960. La nouveauté proviendrait d’un zeste d’acide rajouté, comme chez l’Incredible String Band, ou dans le sillage d’un Comus, groupe singulier des seventies.
Le folk connaît un renouveau depuis une vingtaine d’années…
Depuis les années 1990, le folk s’est au moins renouvelé plusieurs fois… La plus intéressante des métamorphoses est probablement la dernière en date. Celle qui a fait titrer au magazine anglais The Wire : “Welcome to the New Weird America”. Elle a commencé par refléter une réalité américaine, directement issue des plus barrées des expérimentations de l’acid folk des sixties, avant d’influencer l’Angleterre. Ces musiciens, appartenant à ce que l’on a fini par nommer « free folk », ou bien issus du renouveau écossais, qu’il s’agisse d’un Matt Valentine, d’un Jack Rose ou d’un Alasdair Roberts n’ignorent rien de la tradition des John Fahey, Shirley Collins ou Roscoe Holcomb. Ces musiciens ne sortent pas de n’importe où, ils ne se sont pas improvisés musiciens de folk parce qu’ils en auraient eu la dégaine : la mode, aujourd’hui, voudrait que tout ce qui est acoustique, sur tempo de ballade, soit du folk. C’est infiniment plus complexe. Tout renouvellement ne se fonde que sur une bonne connaissance du passé.
Le folk, dans son ensemble, d’hier à aujourd’hui, correspond à un même geste, désintéressé, authentique, avec ses hésitations, ses évolutions, d’ailleurs pas si révolutionnaires que ça puisque le rattachement à une ou plusieurs traditions lui importe. Mais tout en gardant à l’esprit qu’un genre musical qui n’évolue pas tombe rapidement en déliquescence. Le be bop, dans le jazz, a débouché à un moment donné sur le free jazz (je simplifie, et je songe à Ornette Coleman) : c’est un même geste une fois de plus. Il n’y a pas de rupture, contrairement à ce qu’on peut croire “sur le coup”. Juste continuité d’une même histoire. Idem pour le folk. L’électrification d’une musique acoustique est une révolution de salon, somme toute annexe. Le scandale qu’on lui associe a juste été amplifié afin de créer du mythe.
(via blogorom)
Olivier Assayas has spindly limbs, wears terrific T-shirts, and speaks softly and rapidly, with convulsive energy and a nervous stutter that suggests nothing so much as fleeting blockages in an otherwise steady deluge of ideas desperate to be liberated from his brain. He is 58 years old and…
Television - Masonic Auditorium, Detroit, MI, March 13, 1977
As promised, here’s a recording of Television opening for none other than Peter Gabriel in the spring of ‘77. I posted this show a longgggggg time ago, probably when no one even knew this blog existed. Here’s what I wrote back then for my audience of none:
No, I haven’t forgone our Television series for a sweet-ass Peter Gabriel bootleg. This evening’s recording comes from the Detroit show of Television’s brief stint in the spring of 1977 opening for the former Genesis frontman’s first solo tour. A strange pairing? Perhaps. I don’t know what the average Genesis/Peter Gabriel fan in 1977 was like. Probably into art rock stuff like Roxy Music, Bowie, maybe Eno, along with a healthy love of prog. (True story: When I was a Hudson Valley college radio DJ back in the late 90s, I played “Marquee Moon” during my 6am-9am shift, and got a call from a listener just as the last notes faded: “Hey man, was that Yes you just played?”) The average Genesis/Peter Gabriel fan back then also apparently owned some nice audio equipment, as evidenced by the high quality of this audience recording. Anyway, it’s interesting to hear Television away from their worshipful audience in NYC, trying to win over a crowd of Motor City prog lovers. They do OK — there are some audible naysayers, but plenty of people who seem to be into it. This is a short set, just over a half hour, but it’s a nice one.